« Et toute cette génération fut aussi recueillie vers ses pères ; et après eux, se leva une autre génération qui ne connaissait pas l’Éternel, ni l’œuvre qu’il avait faite pour Israël. » (Juges 2. 10)
Le livre de Josué commence par ces mots : « Et il arriva après la mort de Moïse… ». De même les Juges nous disent (1. 1) : « Et il arriva après la mort de Josué… ».
Moïse avait été appelé par Dieu pour délivrer le peuple d’Égypte, le conduire au désert, lui donner la loi et intercéder pour lui. Il avait amené Israël jusqu’au « bord » du pays de Canaan, mais ne devait pas y entrer. Qui reprendrait l’héritage ?
Josué, longtemps préparé et formé pour cette tâche, mène le peuple à la conquête de Canaan. Il distribue le pays entre les tribus, sans que la prise de possession soit achevée. Aux derniers chapitres de son livre, il fait ses adieux, d’abord aux chefs, puis au peuple. Il leur laisse ce dernier message : « Et maintenant craignez l’Éternel, et servez-le en intégrité et en vérité ; et ôtez les dieux que vos pères ont servis de l’autre côté du fleuve ». Il ajoute : « Moi et ma maison, nous servirons l’Éternel » (Josué 24. 14-15).
Que se passa-t-il après sa mort ? – « Le peuple servit l’Éternel tous les jours des anciens, dont les jours se prolongèrent après Josué… et toute cette génération fut aussi recueillie vers ses pères ; et après eux se leva une autre génération qui ne connaissait pas l’Éternel, ni l’œuvre qu’il avait faite pour Israël » (Juges 2. 7-10).
Après la mort de Josué, le peuple s’en était allé « chacun à son héritage pour posséder le pays ». Mais cette conquête fut incomplète, comme le décrit le premier chapitre des Juges.
Que signifie pour nous « posséder » ? En Éphésiens 1 nous sommes « bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ ». Mais comment les apprécier pour soi-même, d’une façon vivante ? L’apôtre le dit dans sa prière : « Les yeux de votre cœur étant pleinement éclairés » (Éphésiens 1. 18). Cette lumière qui pénètre dans l’âme par les yeux du cœur, transforme l’être intérieur, et par l’action de l’Esprit de Dieu lui donne de pouvoir profiter des bénédictions que le Seigneur nous a acquises. D’un côté « l’Éternel donne la sagesse » (Proverbes 2. 6), mais d’un autre il est ajouté « acquiers la sagesse » (Proverbes 4. 5, 7). Tout nous est donné d’en haut (Jacques 1. 17), mais il importe d’en prendre possession par le cœur (voir Proverbes 2. 1-9).
Les anciens dont la vie se prolonge après celle de Josué servent l’Éternel. À leur tour ils sont recueillis vers leurs pères. Vient alors « une autre génération » à laquelle trois choses manquaient : la connaissance de l’Éternel, celle de l’œuvre qu’il avait faite pour son peuple, enfin, l’expérience de la guerre (Juges 2. 10 ; 3. 1-2).
Cette cassure dans la transmission de l’héritage spirituel, peut s’observer dans bien des familles autour de nous. Les grands-parents, les parents ont suivi le Seigneur. Puis, parmi les petits-enfants, les uns continuent, d’autres s’écartent. Souvent la fidélité ne dure même pas si longtemps. De même dans l’histoire chrétienne, après la piété des croyants des premiers siècles, et leur fermeté pour confesser leur foi, le monde a fait irruption dans l’Église, et la dégradation est venue rapidement. La Réforme amène un magnifique renouveau, mais après peu de générations vivantes, la tradition a étouffé la vie. Quant au réveil remarquable du début du 19e siècle, que de déchets ont été provoqués par le sommeil spirituel, l’infiltration d’erreurs, ou les discordes entre frères ! La grâce de Dieu a pourtant opéré d’heureuses restaurations.
À « l’autre génération » des Juges, il manquait donc trois choses :
a) La connaissance de l’Éternel
Être enfants de parents chrétiens ne donne pas la vie divine. Chaque génération doit venir pour ellemême, individuellement, au Sauveur. À quoi bon parler de salut, si l’on ne s’est pas vu perdu ? Comment se dire justifié, si l’on ne s’est jamais vu coupable à la lumière de Dieu ? À quoi sert la rédemption, si l’on n’a pas fait l’expérience d’être esclave de Satan ?
La « foi d’éducation », sans réalité, ne sert à rien : « Tu as le nom de vivre, – et tu es mort » (Apocalypse 3. 1). « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive », disait le Seigneur Jésus. Mais si l’on n’a pas soif, est-ce que l’on viendra boire ? Pour boire, il faut d’abord venir à lui (Jean 7. 37).
b) La nouvelle génération ne connaissait pas l’œuvre que l’Éternel avait faite pour Israël. Cette œuvre comportait plusieurs étapes :
Où en est notre génération ? Chacun connaît-il vraiment le Seigneur pour lui-même ? Chacun a-t-il fait l’expérience des diverses étapes de la vie chrétienne ? Le Seigneur le sait, et si nous nous plaçons vraiment devant lui, il nous montrera ce qui manque.
c) La nouvelle génération ne connaissait pas la guerre.
Pourquoi Dieu laissait-il subsister des ennemis en Canaan ? – Pour « éprouver » les descendants des premiers conquérants, mais aussi afin qu’eux-mêmes « apprennent » ce que signifie la guerre. L’ennemi est toujours actif et poursuit ses efforts dans divers domaines.
La passivité chez le croyant n’est pas le moindre de ses pièges. On n’a pas le temps, pas le goût de se nourrir de la Parole, l’étudier, l’approfondir. La fréquentation des rassemblements est intermittente. On ne fait aucun effort pour « acquérir ».
Dans la vie individuelle, Satan se sert des tentations, des épreuves, des déceptions qui pourraient devenir, dans la main de Dieu, un moyen de bénédiction, en nous amenant à nous rejeter sur lui et à rechercher son secours. Si l’on ne résiste pas au diable et ne recherche pas la face de Dieu, elles peuvent être autant d’occasions de chute sur la route.
Dans la vie collective, où pourtant le « corps » et « l’édifice » sont « bien ajustés » (Éphésiens 2. 21-22 ; 4. 16 ; Colossiens 2. 19), l’ennemi réussit bien souvent à empêcher les enfants de Dieu de « marcher d’une manière digne de l’appel dont vous avez été appelés, avec toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant l’un l’autre dans l’amour » … étant « soumis les uns aux autres dans la crainte de Christ » (Éphésiens 4. 1-2 ; 5. 21). Il utilise aussi « tout vent de doctrine » pour tâcher d’égarer, de troubler (Éphésiens 4. 14). Le monde est son arme favorite pour attirer hors du chemin de la foi, ou pour s’introduire luimême au milieu des enfants de Dieu et de leurs familles, ou pour attiser l’opposition violente et la persécution que connaissent tant de chrétiens aujourd’hui.
Il faut savoir tenir ferme, résister et pour cela revêtir « l’armure complète de Dieu » (Éphésiens 6. 11-13). Voilà le moyen de vaincre dans « la guerre » que tous les enfants de Dieu doivent affronter.
Peu de générations ont autant reçu que la nôtre, ce qui implique une responsabilité d’autant plus grande. Le Seigneur Jésus lui-même l’a dit : « À quiconque il a été beaucoup donné, il sera beaucoup redemandé » (Luc 12. 48).
Sans doute, tous les jeunes croyants n’ont pas eu le privilège d’être élevés dans une famille chrétienne et d’en recevoir l’héritage spirituel. Mais la Parole reste à leur disposition, et eux aussi peuvent « acquérir » la sagesse. Par analogie à Éphésiens 2. 17-18, ils étaient « loin » ; d’autres étaient « près » ; mais « par lui (Christ) nous avons, les uns et les autres, accès auprès du Père par un seul Esprit ».
La nouvelle génération en Israël ne connaissait ni l’Éternel, ni son œuvre, ni la guerre. Quoi d’étonnant que rapidement « ils habitent au milieu des Cananéens… ils prennent leurs filles pour femmes… ils oublient l’Éternel et servent les Baals » (Juges 3. 5-7).
Ils s’exposaient ainsi à la colère de Dieu et à son jugement qui s’abattait sur eux en discipline, afin de les ramener à lui par sa grâce. C’est l’histoire mouvementée de l’époque des Juges, avec ses hauts et ses bas, et sa décadence finale.